Mère de trois enfants, j'ai personnellement constaté les effets dévastateurs du manque de sommeil chez les nourrissons. Les premiers jours avec des nouveau-nés sont épuisants, tant physiquement qu'émotionnellement, et je me souviens très bien d'avoir essayé toutes sortes de stratégies pour endormir mes bébés ou les maintenir endormis. Dans le cadre de mon travail auprès de jeunes parents, la question du sommeil des bébés a été abordée dans presque tous les ateliers que j'ai animés ces 15 dernières années. Notre société a fini par considérer que faire dormir nos bébés devrait être notre priorité absolue en tant que jeunes parents.
Et si nous nous trompions complètement ? Il est indéniable que nous avons tous besoin de dormir, et les effets d'un manque de sommeil chronique peuvent être très néfastes, tant physiquement qu'émotionnellement. Cependant, en ayant des attentes irréalistes sur le sommeil des bébés et les raisons de leurs réveils, nous risquons de nous sentir coupables chaque fois que leurs cycles de sommeil ne correspondent pas aux normes sociales. C'est pourquoi je propose de repenser notre approche face aux difficultés de sommeil des bébés. Commençons par revoir nos attentes en nous informant sur les mécanismes scientifiques du sommeil et sur l'évolution des cycles de sommeil au cours du développement du nourrisson.
Le retour à la maison avec bébé : les défis du sommeil du nouveau-né
In utero, le bébé est maintenu dans un espace restreint et sombre, et perçoit les doux mouvements de sa mère tout au long de la journée. Il ressent ces mouvements et entend des chuchotements provenant du corps de sa mère. Les nutriments sont fournis en continu par le placenta, si bien que la faim n'apparaît qu'après la naissance. Le bébé in utero dort environ 90 à 95 % du temps, car le sommeil est essentiel au développement de son cerveau et contribue à sa croissance, le préparant ainsi à sa naissance.
Les nouveau-nés naissent totalement dépendants de leurs parents. Ils ont besoin d'être nourris fréquemment, changés régulièrement et apaisés en permanence. Ainsi, les premiers jours et les premières semaines de vie d'un nouveau-né sont consacrés à accompagner sa transition du ventre de sa mère au monde extérieur. Cela signifie généralement que votre bébé préférera être porté plutôt que d'être posé dans un berceau ou un couffin, et vous aurez probablement l'impression qu'il dort beaucoup, de jour comme de nuit.
Les nouveau-nés ne produisent pas la mélatonine, l'hormone du sommeil, et leur rythme circadien ne se met en place que vers l'âge de trois mois. Par conséquent, les jeunes parents doivent s'attendre à un sommeil très irrégulier, car ils doivent s'occuper de leur bébé et le réconforter durant les douze premières semaines de vie. Le cycle de sommeil d'un nouveau-né est également unique : court, il ne comporte que deux phases : le sommeil léger (ou sommeil actif) et le sommeil profond (ou sommeil calme). Ces courts cycles de 45 à 60 minutes permettent des éveils fréquents, qui ont un rôle protecteur.
Les réveils fréquents sont essentiels aux besoins nutritionnels de votre bébé. Son estomac ayant une très petite capacité, il aura besoin de se réveiller pour manger toutes les 2 à 4 heures, jour et nuit. Il est possible que votre bébé fasse une sieste plus longue pendant les premières semaines, mais en général, les nouveau-nés en bonne santé se réveillent fréquemment. Le principal défi de cette période est l'adaptation des parents à ce changement radical de leur routine quotidienne, ainsi qu'aux réveils fréquents qui entraînent une importante perte de sommeil. Les jeunes parents peuvent surmonter ces difficultés grâce au soutien de leurs proches, qui peuvent les aider en préparant des repas, en participant aux tâches ménagères et en s'occupant du bébé tout au long de la journée. Cela leur permettra de faire des siestes régulières pour récupérer leur sommeil.
Un adulte a besoin d'environ 4 à 5 cycles de sommeil complets par 24 heures, soit 7 à 9 heures de sommeil. Les réveils fréquents d'un nouveau-né perturbant son sommeil, les jeunes parents devraient faire plusieurs siestes tout au long de la journée et de la nuit afin d'accumuler suffisamment de cycles de sommeil complets. Ainsi, durant les 12 premières semaines, il est important qu'ils s'assurent d'avoir le soutien et l'aide nécessaires à la maison pour pouvoir se reposer et faire des siestes comme leur bébé.
Au secours ! Mon bébé ne dort que dans mes bras !
Avoir un bébé qui ne dort que dans vos bras peut être un défi pour certains jeunes parents. D'autres, en revanche, ont un avis différent et estiment qu'il est biologiquement naturel pour un bébé de dormir blotti contre son parent. C'est là toute la richesse de la parentalité : chaque famille vit son propre parcours. Ce qui est perçu comme un défi pour certains peut être un choix conscient pour d'autres. Si vous avez l'impression de rencontrer des difficultés avec un bébé qui ne s'endort que dans vos bras, il est important de comprendre que nos bébés ont besoin de nous pour être rassurés. Être porté est presque toujours ce que votre bébé préfère. Ainsi, pour l'aider à gagner en autonomie pour son sommeil, vous devrez soutenir sa capacité à s'apaiser seul.
La plupart des bébés cherchent à s'apaiser en touchant leur visage avec leurs mains, en frottant leurs mains l'une contre l'autre ou en suçant leurs doigts. Si votre bébé ne peut pas atteindre ses mains, il ne peut pas apprendre à s'apaiser seul. Il est donc important de lui permettre d'utiliser ses mains dès la naissance. Évitez d'utiliser des moufles ou des langes, et si vous choisissez d'emmailloter votre nouveau-né, emmaillotez-le en laissant ses bras levés afin qu'il puisse utiliser ses mains pour se réconforter.
Une autre raison pour laquelle les bébés préfèrent être portés pour dormir est qu'ils apprécient souvent la position, les doux mouvements et les sons qu'ils perçoivent. Un bébé doit apprendre à dormir seul sur le dos. Pour un sommeil en toute sécurité, il est important de lui offrir un environnement de sommeil sécurisé et de le coucher sur le dos pour chaque sieste. De nombreux bébés auront des difficultés et auront besoin du soutien régulier de leurs parents ou tuteurs pour apprendre à s'endormir et à rester endormis seuls.
Pour aider votre bébé à acquérir cette compétence, habituez-vous à le coucher fréquemment dans son berceau ou son couffin. Installez-le dans son espace de sommeil habituel et, s'il est légèrement somnolent, restez près de lui et posez une main sur sa poitrine. S'il commence à s'agiter, tapotez-le doucement et chuchotez-lui des chuchotements. La répétition de ces sons et de ces légers mouvements l'aidera à se calmer et à s'endormir. Plus vous répéterez ce processus, plus votre bébé comprendra ce qui l'attend lorsqu'on le couche pour dormir. Vous pourrez alors progressivement supprimer certaines techniques de réconfort, à mesure que vous constaterez sa capacité à se détendre, à s'apaiser et à s'endormir seul. Soyez patient avec votre bébé pendant cette période, car il lui faudra peut-être un certain temps avant de pouvoir le coucher sans qu'il ne s'agite. Une routine régulière est essentielle pour aider votre bébé à savoir à quoi s'attendre lorsqu'il apprend à dormir seul.
Régressions du sommeil
Les régressions du sommeil font partie intégrante du développement sain de votre bébé. Nous préférons les considérer comme des progressions du sommeil , car elles surviennent généralement lorsque votre bébé atteint une étape importante de son développement ou acquiert une nouvelle compétence. Le sommeil est souvent perturbé durant ces périodes, ce qui peut être très difficile à vivre pour les parents. On observe généralement les premiers changements de sommeil vers l'âge de 4 mois. Ces perturbations s'expliquent par le fait que c'est généralement à cette période que l'architecture du sommeil du bébé évolue.
Durant les trois premiers mois, le cycle de sommeil de votre bébé se divise en seulement deux phases : le sommeil léger et le sommeil profond. Vers l’âge de quatre mois, ce cycle évolue et se rapproche de celui d’un adulte, avec plusieurs phases. Le sommeil est une étape cruciale du développement, et il s’agit du premier grand progrès que votre bébé accomplira. C’est pourquoi, durant cette période, vous pourriez observer des réveils plus fréquents ou des difficultés à l’heure du coucher.
Nous constatons également des perturbations du sommeil liées aux étapes importantes du développement physique, comme se retourner, s'asseoir, ramper et marcher. Le cerveau et le corps de votre bébé se développent à un rythme exponentiel, et ces changements ont généralement un impact sur son sommeil. Les poussées dentaires, les maladies et les changements de situation, comme les voyages ou les vacances, peuvent également perturber le sommeil. N'oubliez pas que ces défis font partie intégrante du développement normal et sain de votre bébé ! Essayez de maintenir une routine stable ; cela l'aidera à traverser cette période de transition.
Si vous souffrez du manque de sommeil dû aux changements soudains du sommeil de votre bébé, il est important de vous rappeler qu'après plusieurs nuits blanches, une sieste ou un coucher plus tôt peuvent être nécessaires. Vous ne pouvez pas contrôler le sommeil de votre bébé, mais vous pouvez contrôler le vôtre. Une sieste essentielle d'environ 90 minutes, permettant de récupérer du sommeil perdu, peut vous aider à vous sentir mieux. Si une sieste est impossible, essayez de vous coucher plus tôt pendant cette période difficile.
Durée de sieste irrégulière
Le sommeil nocturne est très différent du sommeil diurne chez les bébés. Tous les bébés ont besoin de siestes fréquentes pendant la journée, et ce, pendant la majeure partie de leur première année. La fréquence et la durée des siestes varient selon l'âge, le tempérament et le mode de vie de votre bébé. Les siestes courtes peuvent parfois être très frustrantes pour les parents. C'est particulièrement agaçant lorsque l'on voit son bébé très fatigué, qu'on parvient à l'endormir et qu'il se réveille au bout de 30 minutes ! Cependant, il est important de se rappeler qu'il est tout à fait normal et sain pour les bébés de faire des siestes qui peuvent durer de 30 minutes à plus de 3 heures.
Les siestes diurnes sont dues à un phénomène appelé besoin homéostatique de sommeil. Il s'agit d'une pression de sommeil qui s'accumule dans notre corps à mesure que la durée d'éveil augmente. C'est là qu'intervient l'expression populaire « fenêtres d'éveil », car de nombreux parents cherchent à déterminer la durée pendant laquelle leur bébé peut rester éveillé avant de montrer à nouveau des signes de fatigue et d'avoir besoin d'une sieste. Les fenêtres d'éveil ne doivent servir que de repères pour organiser les siestes de votre bébé. Le plus important est d'être attentif et réactif aux signaux de sommeil de votre bébé, et d'essayer de le coucher dès que vous les percevez. En détectant les premiers signes de fatigue, votre bébé s'endormira beaucoup plus facilement.
Il est impossible pour les parents de contrôler la durée de la sieste de leur bébé, car elle dépend entièrement de lui et de l'heure de son réveil. De nombreux bébés présentent des cycles de sommeil qui permettent aux parents d'anticiper leurs besoins de sieste et leur durée. Cependant, ces cycles peuvent varier en raison de nombreux facteurs qui influencent le sommeil et les réveils. Par conséquent, même si une routine de sommeil régulière est importante, il est essentiel de pouvoir mener sa vie comme on l'entend. Si vous devez sortir faire des courses, faites faire une sieste à votre bébé pendant vos déplacements : dans son siège auto, sa poussette ou même dans un porte-bébé. Si, exceptionnellement, les siestes de votre bébé sont très décalées par rapport à son rythme habituel, essayez de le coucher plus tôt pour lui permettre de récupérer son sommeil diurne.
Mon bébé ne fait toujours pas ses nuits.
Chaque bébé évolue à son propre rythme en ce qui concerne les étapes de son développement. Comme mentionné précédemment, le sommeil est l'une de ces étapes. Ainsi, lorsque votre bébé sera prêt sur le plan du développement, il commencera à avoir des périodes de sommeil plus longues et plus régulières.
Le sommeil et l'alimentation étant étroitement liés durant les six premiers mois de la vie, de nombreux bébés continuent de se réveiller pour téter même après cet âge. C'est l'une des raisons pour lesquelles l'Académie américaine de pédiatrie recommande de ne pas commencer l'apprentissage du sommeil avant l'âge de six mois environ. L'autre raison tient à l'apprentissage de l'auto-apaisement et de l'endormissement autonome. Les bébés ont besoin de temps pour apprendre à s'apaiser seuls, ce qui favorise directement leur capacité à s'endormir seuls. Personne ne « dort d'une traite ». Nous nous réveillons tous à différents moments de la nuit, sans forcément nous en souvenir, ou parce que nous sommes tellement habitués à nous rendormir que nous ne prêtons pas vraiment attention à l'impact de ces réveils nocturnes.
Pour nos bébés, l'expérience peut être totalement différente car ils peuvent se réveiller et avoir besoin de leurs parents pour diverses raisons, notamment pour être réconfortés la nuit. Jusqu'à ce qu'ils soient suffisamment grands pour s'apaiser et se rendormir seuls, ils auront toujours besoin de nous la nuit. Il est tout à fait normal et sain qu'un bébé ait besoin d'attention et de réconfort pendant la nuit. Se réveiller avec son bébé nuit après nuit est éprouvant et frustrant pour nous, parents, et il est indéniable que nous devons aussi prendre soin de notre propre sommeil. Certains parents choisissent d'apprendre à leur bébé à dormir seul lorsqu'ils sont épuisés. On appelle cela l'apprentissage du sommeil . Il existe plusieurs méthodes pour y parvenir. Si cette approche ne vous semble pas adaptée, c'est tout à fait normal ! Comme mentionné précédemment, chaque parent vit une expérience unique et ce qui peut être un défi pour certains est un choix éclairé pour d'autres.
Les difficultés de sommeil chez les bébés peuvent souvent être source de stress et d'inquiétude pour les parents. Il est cependant important qu'ils comprennent le sommeil des bébés, les étapes de leur développement et qu'ils aient des attentes réalistes quant à ce dont leur bébé est capable pour s'apaiser seul, s'endormir de façon autonome et passer une nuit complète sans tétée ni réconfort parental. Sachez qu'avec le temps, votre bébé dormira mieux. En attendant, il est également important d'adopter de bonnes habitudes de sommeil. N'hésitez pas à solliciter l'aide de votre entourage, à faire des siestes après des nuits blanches et à essayer d'instaurer une routine du coucher régulière. En prenant soin de votre sommeil, vous vous sentirez plus reposé et aurez plus d'énergie pour accompagner votre bébé dans son développement.